»Le jour du 14  » de Hatem Hammami.

D’accord je vais parler.

C’était le jour de la révolution. Le jour de la fête. Le 14. Oui, je sais, tout le monde n’en finit pas de raconter sa version de ce jour. Moi aussi j’avoue que j’en ai un peu ras le cul de tout ce qui tourne autour. De toutes ces aventures, ces récits, ces films, ces triomphes, ces innombrables triomphes, éphémères, pompeux, prétentieux, excédés, ronflants.
Le premier souvenir qui me revient de ce jour à l’esprit, c’est l’odeur âcre qui noyait les artères de Tunis dans lesquelles je déambulais grisé au petit matin. Car oui j’étais ivre. Ni de joie, ni de tristesse. Non j’étais ivre des deux bouteilles de vin que j’avais vidées tout seul lors du dîner de la veille. Ivre des trois packs de bière que je m’étais enfilés en à peine une heure après. Ivre de ce verre que je ne manquais de remplir inlassablement de whisky pendant le reste de la soirée. J’avais envie de boire ce soir-là, boire à l’infini, boire à l’écœurement, boire à n’en plus pouvoir boire.
L’alcool devait m’aider à l’oublier. La grande quantité que j’absorbais frénétiquement avait pour but d’engourdir tout neurone de mon cerveau susceptible de transmettre le moindre soupçon d’une réflexion pour elle. Mais rien n’y fit. La porte de la chambre fermée à double tour, insensible à toute sollicitation extérieure, le cafard reprenait lentement le dessus sur tout mon être. Je me revois encore, l’œil hagard, contemplant de mon balcon le vaste noir lustré sommairement d’astres ternes et détachés. Plus je buvais et plus le clair de lune se décomposait en petits fragments de ses traits, plus l’odeur éthérée de mon breuvage me suggérait la pointe de son parfum embaumé, plus le contact du verre avec ma main me rappelait la fraicheur de sa peau argentine. Il y a des contacts survenant au cours de moments de sensualité brute qui se cristallisent dans l’esprit plus que d’autres docteur. Le contact de mes doigts remontant doucement le long de sa cuisse jusqu’au mou duvet de ses fesses rebondies. Celui de mes lèvres effleurant son blanc cou d’albâtre quand il se courbe tendrement sous le poids de sa tête alanguie.

Oh je sais, je m’évade un peu mais je passe encore aujourd’hui de longues nuits en proie à de soudains accès convoquant ces instants volés à mon inconscient meurtri.

Elle m’avait définitivement lâché au cours de la journée du 13. Ca faisait un mois déjà qu’elle m’était devenue méconnaissable. Depuis qu’un insignifiant inconnu habitant une lointaine bourgade du fin fond de la Tunisie s’était décidé à faire de son cas – un parmi une centaine d’autres – une affaire publique en se donnant une mort atroce. Est-ce que je devais prévoir qu’un tel événement aurait une incidence dévastatrice sur ma vie de couple, moi simple habitant de Mutuelleville ? Bref, depuis cette histoire, son humeur était souvent irascible, à défaut d’être impassible, et en dépit de ce fait, quand bien même j’entendis sa voix atone m’appeler au début de l’après-midi pour nous retrouver, je fonçai vers ma voiture et je me hâtai de rejoindre le lieu de notre rendez-vous.
En passant la porte de ce jardin public du centre-ville, j’étais quelque part apaisé, rassuré qu’elle se soit enfin tournée vers moi pour me faire part de ses chagrins. J’étais franchement prêt à tourner la page si elle me demandait de tout oublier. Je ne m’étais pas préparé à l’accueil glacial souvent réservé à l’amant qu’on largue, ni à ces yeux fuyants et incapables de fixer ne serait qu’une seconde le partenaire désavoué, ni aux demi-mots confus qu’on bredouille d’un air vague pour tenter de justifier une rupture inattendue.
Surmontant après de longues minutes la surprise de l’annonce, j’essayai de la faire revenir à la raison – ma raison bien entendu -, en lui répétant en catastrophe que chaque relation avait des hauts et des bas, qu’il ne fallait pas céder à la détresse que ce mois de turbulences avait procuré en elle, que moi je ne cessais de l’aimer depuis que je l’avais connue. Le genre d’expressions bateau bêtes et inadéquates dans une situation pareille. Elle me rétorqua sèchement qu’elle ne m’aimait plus, qu’elle pensa même ne m’avoir jamais aimé. Elle m’expliqua qu’à la lumière de ce qui passait alors dans le pays, elle ressentait du mal des échelons qu’elle avait grimpés un peu trop rapidement au cours de sa carrière, des relations que MOI j’avais personnellement contactées pour lui faciliter son parcours, qu’elle éprouvait maintenant du dégoût, carrément, du dégoût de ce qu’elle avait fait, de ce que NOUS, nous avions faits, que je serai MOI pour toujours associé à ces pratiques avilissantes. « Mais Cyrine, la moitié de la Tunisie a bénéficié des petits avantages dont tu t’accuses ! » que je lui criai en plein visage.
Au cours de ma vie, les fois ou je me suis emporté d’une manière aussi soudaine sont bien peu nombreuses. Elle-même resta un court moment scotchée devant cette réaction aussi franche. Quelques larmes commencèrent alors à couler, ce qui eut pour effet immédiat d’attendrir mon cœur si conciliant. Elle me déclara son désir de changer, puis se mit à me décrire l’incompatibilité de la continuité de notre relation avec ce changement, tout en bafouillant des excuses de temps à autre. Je la regardai ensuite impuissant se lever les bras croisés, prête à partir, et me jetant un dernier regard sombre et pathétique de sincérité, elle réussit à me lancer ce tendre mot pour lequel elle m’avait convoqué, ce si étriqué « adieu », et ainsi le but atteint, se défila dare-dare. J’eus envie d’aller la retenir en la voyant s’éloigner, de la serrer et de la supplier de revenir ou sinon de lui donner quelques gifles bien senties pour la faire revenir contre son gré à la raison – oui, ma raison ! -, mais les forces me lâchèrent. Je restais cloué à mon banc, complètement étourdi devant la faillite d’une partie de ma vie. J’avais fait sa connaissance sept ans auparavant dans un de ces multiples bars tapageurs dont grouille la banlieue nord de la capitale. Entièrement séduit alors par son caractère affable et sa grâce juvénile – elle avait à peine 17 ans – le jeunot que j’étais avait rondement conclu qu’une rencontre pareille ne se réalise qu’une fois au cours de sa vie. C’est ainsi que je l’avais présentée après seulement quelques semaines à tous mes amis, à ma famille, la brandissant tel un trésor de guerre, et constatant ainsi sans peine les signes de ravissement inconditionnel de mes proches aux charmes de ma bien-aimée, je n’avais alors jamais manqué de soutien quand il fallait solliciter quelqu’un pour l’aider à intégrer telle université, acquérir telle bourse, trouver tel stage, telle fonction et j’en oublie. Ainsi toute cette besogne, tout ce cirque, toute cette énergie dépensée pendant mes années de jeunesse, pour finir ensuite abandonné comme une merde dans un minable jardin public du centre-ville ? On plaint aux hommes leur cruauté docteur mais les femmes sont bien plus cruelles. Beaucoup plus.
Du clabaudage tout ça. Je retourne à mon récit de la journée. La figure adorable d’une fillette de cinq ans me tapotant du bout de l’index sur l’épaule me revient à l’esprit. J’étais étendu à ras la terre sur une vaste surface verte, et j’entendis la voix de son père me demander :  » Ca va, mon garçon ? ». Je tentai désespérément d’écarquiller mes yeux, mais je n’arrivai qu’à distinguer vaguement une grande silhouette, et bien que j’essayasse alors pour le rassurer de lui répondre que ça allait passer, je sentis une grosse boule au fond de ma gorge qui empêcha l’émission du moindre son, conséquence sans doute des longues heures que mon corps avait passées livré dehors au frisquet du mois de janvier. Il dut ensuite déceler que je faisais de mon mieux pour hocher de la tête, car il me dit : « Bien, il faut que tu te lèves et que tu rentres chez toi vite mon garçon, ça chauffe de nouveau là, tout près, à l’avenue, et ça va barder dans pas longtemps. » J’aimais sa façon de m’appeler « mon garçon » malgré la mine déconfite que je dus dégager, et sa sollicitude me fit tellement réchauffer le cœur que je trouvai une force inespérée pour me redresser. Je l’aperçus alors engager sa petite fille à partir – ma sœur, que je vis s’éloigner tout en me saluant d’un air naïf – et je pus jeter un coup d’œil autour de moi, pour situer un peu où je me trouvais. Je discernai ainsi légèrement à ma droite le banc qui servit comme théâtre à ma débâcle de la veille et je compris que la tournée du petit matin m’avait conduit à venir en pèlerinage à l’endroit où nous nous étions réunis elle et moi pour la toute dernière fois. Une immense pitié de moi-même m’envahit. Non seulement j’avais été plaqué par une garce que j’avais entretenue pendant de nombreuses années, mais il se trouvait que cette humiliation suprême avait provoqué en moi du chagrin à la place de l’indignation, m’envoyant résigné et à terre pleurer sur la tombe de mon bonheur révolu. Je jetai un regard sombre sur ce maudit banc et j’entendis une sorte de grondement provenir au loin de la direction opposée à celle dans laquelle est parti le père avec sa fille. Je me levai lourdement, je quittai le parc et je me dirigeai vers la source du bruit, distinguant à mesure que je m’approchai la clameur de la foule hilare qui exigeait le départ de son illustre président. Je me tins à l’écart de l’énorme monde que je découvris amassé devant le bâtiment du ministère de l’intérieur, observant non sans émotion leur jubilation d’avoir enfin eu le courage de se rassembler en un si grand attroupement et d’oser exprimer avec une telle véhémence leur hostilité au régime en place.
Je ne crus pas cependant mes yeux, pendant que je dévisageais ainsi les personnes, quand j’aperçus ma Cyrine perchée sur les épaules d’un saligaud, drapée des couleurs rouge et blanc, les portant comme une cape autour de son mince cou et s’égosillant à en perdre la voix à crier et à mobiliser le public qui l’entourait. Le saligaud était un jeune homme bien costaud, aux épaules bien larges, au sourire bien mesquin, et le simple maillot blanc à demi-manches dont il était paré malgré le froid ambiant ainsi que le contact de ses mains baladeuses sur les cuisses de ma bien-aimée complétaient une vision d’une cruauté si terrible qu’un soudain malaise s’empara de mon cœur. Je ressentis un début d’étourdissement qui gagnait mes oreilles, et je me souviens avoir titubé alors difficilement jusqu’au mur le plus proche pour ne pas tomber dans les pommes en plein milieu du bitume et me flanquer la honte internationale. J’essayai de me ressaisir rapidement mais je mis une bonne dizaine de minutes avant de reprendre une respiration normale et de lever de nouveau les yeux vers la foule. La garce était bien là, elle se complaisait dans le regard de quelques spectateurs qui la filmaient à l’aide de leur téléphone portable, brassant sans cesse l’air avec sa main en répétant ce ridicule « dégage » et échangeant de temps à autre des petits mots complices avec le criminel qui la portait. Pendant que toute cette mascarade se déroulait tranquillement devant mes yeux ébahis, un grand nombre d’agents de police commença soudainement à se déployer sur l’esplanade du ministère. L’affrontement devint tout à coup brutal. Je gardais malgré la tournure des événements un œil attentif sur l’insolite révolutionnaire, et pendant que mes pieds me menèrent inconsciemment à proximité d’elle, je la vis constater de son piédestal le mouvement de foule qui s’initiait à l’avant de la manifestation et demander alors à son compagnon de la faire descendre. Ce dernier ne se fit pas prier, prit sa main et s’en alla rapidement avec elle pour tenter d’échapper aux hostilités. Je pressais alors mes pas pour les suivre à toute allure.
Ils venaient de tourner dans une rue verticale desservant l’avenue quand je remarquai un groupe de personnes arrivant dans le sens contraire à notre course. Je scrutai l’horizon et j’aperçus que la flicaille avait interposé un barrage bien hermétique au bout de la ruelle. Il ne fallut pas alors beaucoup de temps aux gens pour comprendre que le site entourant l’avenue allait devenir un vaste guet-apens et qu’il était nécessaire de trouver vite une cachette pour y passer la nuit qui approchait. Les deux tourtereaux auxquels j’étais aux trousses s’enfoncèrent rapidement dans un de ces vétustes immeubles de style colonial qui caractérisent encore le centre-ville de Tunis. En m’y engageant, et à proximité de la porte, je constatai que le vestibule du bâtiment avait déjà recueilli un certain nombre de passants et je n’eus pas de difficultés à me faufiler en catimini à l’intérieur. Je ne trouvai pas trace d’eux. Cependant, je ne m’affolai pas. Je distinguai dans le mouvement des gens présents un flux qui se dirigeait vers une destination bien précise à un étage tout en haut et je grimpai ainsi les escaliers grinçants de l’édifice jusqu’à arriver à une porte entrebâillée où convergeait le flux.
J’entrai. Je découvris un immense appartement, sombre, crasseux, dépouillé en entier du moindre meuble, et à la lumière crépusculaire de la fin de journée, on pouvait constater sans peine une multitude de profondes fissures traversant de long en large les murs et qui expliquaient l’état d’abandon dans lequel était le logis. Les quelques dizaines de manifestants qui s’y étaient abrités avaient trouvé refuge pour leur plupart dans la partie de l’appartement donnant sur la rue et continuaient à suivre les évènements à l’extérieur en jetant de temps à autre des coups d’œil à travers les fenêtres. Je ne trouvai toujours pas l’objet de ma chasse. J’explorai alors le reste de la demeure jusqu’à déboucher sur la cuisine. Là, dans un petit balcon donnant sur la cour intérieure, je les vis de dos, les coudes posés sur la rambarde et les épaules collés l’un contre l’autre, plongés qu’ils étaient dans un badinage guilleret. Bien que la situation incitât à la révolte, moins pour l’affront que je continuais à subir que pour le décalage aigu du cadre avec les discours transcendants qu’ils arboraient quelques minutes auparavant, je ne bougeais pas d’un iota. Je restais là dans le pénombre, cloué au sol de la cuisine, et l’espèce d’étourdissement qui provoqua mon malaise un peu plus tôt recommença à siffler dans mes oreilles. Ils sentirent cependant après un bon moment que quelqu’un les observait car Cyrine se tourna furtivement en ma direction, et s’exclama au bout de quelques secondes, ne me reconnaissant guère : »Qui est là ? »

Etes-vous marié docteur ? Je suppose que oui. Vous savez donc ce que c’est de connaître quelqu’un jusqu’au bout des ongles. Eh bien, avant de me retourner pour voir qui était dans le balcon de cette cuisine en ce jour du 14 janvier, j’aurais parié n’importe quoi que je l’aurais trouvée. Je ne me rappelle plus si c’était le vent qui avait porté l’odeur de son haleine jusqu’à mes narines ou le faible timbre de sa voix jusqu’à mes oreilles, mais je l’avais reconnue avant même que mes yeux ne tombent sur elle au détour de la porte du balcon. Elle par contre ne réussit pas à m’identifier bien qu’elle m’eût fixé longuement. L’expression désemparée qu’elle avait lue dans mon visage quand je m’étais avancé vers la lumière était ainsi principalement causée par ce désaveu accablant. Sa figure se déforma à ma vue. Le sang recoula de nouveau dans la mienne, l’effet de réelle surprise que je lisais dans leurs visages m’ayant donné du baume au cœur. Je lui dis alors nettement et en un mot ce que je pense d’elle, et continuant sur ma lancée héroïque, je me tourne vers l’autre et lui balance une patate en pleine gueule. A ma grande détresse, le voyou réussit à esquiver ma droite, puis une deuxième, et m’envoya son genou en plein buffet. Je me tordis de douleur en reculant. Toutefois, je bouillais encore de l’intérieur, et soucieux alors de ne pas le laisser respirer, je me jetai de toutes mes forces sur lui. Je réussis à le toucher cette fois, mais avec l’élan que je pris dans ma course, je le déséquilibrai complètement.

Je revois encore ses yeux exorbités juste avant de se renverser par-dessus le garde-corps. Je revois aussi ses mains brassant éperdument l’air et cherchant du secours. Elles trouvèrent celles de Cyrine qui se précipita stupidement vers lui. Mais le gaillard était si lourd qu’il l’emporta tragiquement dans sa chute.


Pardon.
J’essaie de ne plus penser à tout ça aujourd’hui.
J’habite un autre pays, une autre ville. J’ai un boulot différent de celui que j’avais avant. De nouveaux amis, une nouvelle femme. Un petit garçon aussi, tu le sais. Sa naissance a donné véritablement du sens à ma nouvelle vie ici.
Mais je tombe quelques fois sur des nouvelles du pays, et de lointains souvenirs surgissent à la surface. Je prends alors ma voiture et je conduis pendant une heure ou deux jusqu’à la Côte d’Albâtre. Je monte sur les falaises désertes de Fécamp ou d’Etretat et je m’assieds en observant le grand bleu qui s’étale devant mes yeux. Là, le visage au vent, je reste immobile pendant un long moment, le temps que l’air marin évacue les lourds nuages que le poids de ces souvenirs tristes accumule tantôt dans mon esprit, et quand le souffle du vent ait fini de me consumer, je ferme mes yeux, je tends mes oreilles, et je laisse le froissement des vagues contre les massifs rocheux me consoler de son râle cadencé : « Ça va aller, ça va aller. » C’est ainsi qu’après m’être enivré de sérénité, je me lève languissant et je repars le cœur revigoré prêt à reprendre le train de ma vie actuelle.

Durant le trajet jusqu’à la côte, je réfléchis docteur. Je réfléchis à ma condition. D’étranger, de malfaiteur, de renégat. Je ressens alors subitement monter en moi l’envie de ne plus parler de mon vivant à aucun homme présent sur cette terre. Une envie pressante, vorace, une envie mue par la haine. La haine que j’entraperçois à fleur de peau dès que je lis des journaux de la Tunisie ou que je regarde des débats à la télé. Je m’interroge aussitôt sur l’origine de toute cette animosité, celle qui me pousse à courir rapidement auprès de la nature pour y recueillir un tant soit peu de félicité. Me revient alors en mémoire la douceur des eaux de la méditerranée, l’éclat des forêts encore vierges du nord, la grâce des dunes ondoyantes du sud. Des images succinctes d’une pureté égarée. Je baisse mes yeux, et je demeure un moment, fixant d’un regard vitreux le volant, essayant de comprendre, pendant que la voiture continue tranquillement de rouler. Il y a des jours où ca m’use de m’efforcer à trouver les bonnes réponses, alors je me résigne à cette sorte d’absurdité.
J’ai la foi docteur. J’ai la foi.

Texte : Hatem Hammami.

Photo : Hamideddine Bouali.

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