Je m’en veux! De Cyrine Barbirou.

J’ai mangé trop de fromage au dîner.
J’ai menti à ma copine concernant ses cheveux. Elle n’était pas mal coiffée, au contraire, elle était magnifique: Je ne voulais pas qu’elle soit trop heureuse. Son beau sourire m’aurait rappelé la tristesse de mes jours.
Je ne m’en veux pas.
J’ai vu un mendiant. Je me suis mise devant lui, j’ai ouvert mon portefeuille et j’en ai sorti des billets, puis, je suis partie en riant très fort.
J’ai fait de l’œil à l’amoureux de ma copine, vous savez, celle qui a de très beaux cheveux. Nous étions seuls. Il m’a gentiment remise à ma place, mais, son érection trahissait son excitation. Je l’aime mon amie, mais j’aime plus sentir que je plais aux pénis des hommes.
Je ne m’en veux pas.
J’ai frappé mon fils de trois mois. Il a pleuré, crié, lancé des : » ahhh, ghggg  » et j’ai fait l’innocente devant son père que les cris de mon ange ont réveillé.
J’ai fait du mal à mon fils et empêché l’amour de ma vie de se reposer.
Je ne m’en veux pas.
J’ai vu la mère de mon amie défunte hier. J’ai commencé à lui parler de ma vie, histoire qu’elle sache ce qu’avait raté sa pauvre fille. J’ai un peu exagéré en disant que mon mari était adorable et que j’aimais mon travail. En réalité, je n’ai que peu de tendresse pour cet homme insignifiant avec lequel je partage mon quotidien, en plus, mon boulot est emmerdant mais, bon, il faut bien que quelqu’un soit aussi triste que mes jours.
Je ne m’en veux pas.
J’ai menti au contrôleur du train quand il m’a demandé de lui montrer mon ticket en lui disant que celui- ci était dans mon sac. Il m’a crue. Je suis bien élevée. Il n’avait pas le choix, on me croit toujours avec mon sourire poli et ma voix douce. Il ne sait pas que j’adore me moquer de lui pour faire rire mon collégue du travail avec qui je partage toujours le trajet. J’aime rire de sa voix, de ses dents jaunes, et surtout de sa bosse.
Je ne m’en veux pas.
J’ai demandé à ma grand-mère de me donner de l’argent pour peindre ma demeure.
Bien-sûr, je lui ai dit que c’était un emprunt. J’ai même signé un chèque. Mais, je sais qu’elle n’osera jamais le déposer à la banque et mettre en danger sa petite fille aussi manipulatrice et vaniteuse soit-elle.
Je lui ai même promis de demander à mon mari ( qui n’a même pas de quoi s’acheter une nouvelle chemise ) de financer le pélerinage à la Mecque dont elle a toujours rêvé avec la prime de rendement qu’il allait recevoir dans l’imagination de ma pauvre aïeule.
Je ne m’en veux pas.
Je viens de me réveiller.
Je me rends compte que j’avais tiré la couverture à moi pendant mon sommeil laissant mon pauvre chéri grelotter.
Je m’en veux.
Cyrine Barbirou

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