« Forêt de Radés: Massacre à la tronçonneuse ! » De DEBATunisie

Le seul endroit où l’on a vu des piétons tunisiens marcher normalement, c’est à la Mecque autour de la Kaaba. Quand ils rentrent au bled, ils redeviennent des chiens apeurés et traqués par les automobilistes, car il n’y a presque plus de trottoirs chez eux. Des routes par-ci, des autoroutes par-là, des échangeurs et des bretelles en veux-tu en voilà. C’est circuler il n’y a rien à voir!
Le chômage, nos ingénieurs des ponts et chaussées ne connaissent pas. Au nom d’un modèle de développement des années 60, notre  ministère de l’équipement continue depuis l’indépendance à appliquer la même recette de l’après guerre: Le tout automobile! Aucune politique sérieuse de transports alternatifs, de pistes cyclables, de passages piétons. Alors, on goudronne, on bétonne, on coupe des villes en deux, on sépare des quartiers, on tue des rues… pourvu que ça roule

La forêt de Radés menacée par une voie express

La névrose du goudron devient pathologique quand elle s’attaque aux parcs naturels. Il y a eu déjà la tentative de tronçonner le Parc du Belvédère (voir ici) pour faire passer une voie express. Si la popularité de ce grand jardin situé en plein coeur de Tunis (connu surtout pour son zoo) a réussi à mobiliser les associations qui ont bloqué le projet, on se demande ce qu’il en sera du Parc Farhat Hached à Radés menacé en ce moment par la même psychose autoroutière.
Complètement méconnu des Bensimpsons de la Banlieue nord, cet énorme parc de 270 hectares (3 fois le Belvédère) est aussi un mystère pour ses propres riverains. Enclavé par des voies express de toute part, ce poumon de la banlieue sud est quasiment inaccessible au piéton. J’ai d’ailleurs failli me faire écraser deux fois en essayant de m’y rendre à pied ce dimanche. J’ai fait le déplacement depuis ma Sebkha pour assister à la manifestation organisée par la sympathique Association de Mégrine pour l’Innovation et la Sauvegarde (AMIS). Le rassemblement n’avait pas mobilisé les foules, mais avait permis au moins de faire une visite du site et de se rendre compte de la tragédie qui se prépare:

Prélude au cataclysme

Ce parc est constitué d’une somptueuse forêt d’Eucalyptus plantés à l’époque du protectorat. En 2002 une petite partie sera aménagée et inaugurée par Zaba en personne. La Révolution sonne le glas. Les quelques équipements (buvettes, kiosques, éco-musée…) parsemés à travers les bois, sont abandonnés et sentent le pipi. L’État laisse pourrir les lieux au point de tolérer -voire organiser- l’installation d’une gigantesque décharge d’ordures ménagères et industrielles dans la zone sud du parc…
PLAN1

Tous les ingrédients sont réunis pour achever le taureau. Il ne manque plus que la rocade finale !
La voilà justement: au nom de la fluidification du trafic et pour le désengorgement des accès au stade de Radés, le ministère de l’équipement « propose » de relier par voie express, la cité olympique à la route périphérique de la Sebkha (Le tracé de la nouvelle route est dessiné en jaune dans le schéma ci-dessous). Qu’importe la mutilation d’un parc naturel tant que ça circule et que ça roule. D’après l’association, le projet était dans les cartons depuis bien longtemps (depuis l’époque de Sama Dubai) et la décision a été arrêtée sans prendre en considération les propositions et les avis de la société civile, des associations et des structures environnementales (voir ici) …. Maintenant que l’appel d’offre est lancé, on n’attend plus que le signal de départ…

PLAN2

Mes amis, ce débat ne devrait même pas avoir lieu: L’idée de prioriser la circulation automobile sur les espaces verts est une déclaration de guerre contre les riverains, contre l’environnement et une aberration totale dans une époque où les défis écologiques sont devenus prioritaires. Puis surtout, au-delà de l’argument écologique, il y a lieu de s’interroger sur cette formidable énergie et ces milliards que déploie l’État dès qu’il s’agit de chier de l’asphalte, alors que ce même État ne cesse de déplorer sa faillite quand il est question de gérer ses services publics, ses espaces verts et ses équipements culturels toujours en ruine. Avec l’opacité intrinsèque qui caractérise ce genre d’opération et avec l’absence totale de concertation, on est en droit d’imaginer que derrière ce manège, se cachent d’autres motivations …

Derrière chaque  tabou, se cache un marabout

Ne nous échappera pas, à la simple lecture des cartes, la troublante proximité entre le futur grand mall Azur City, et la rocade en projet. Ce gigantesque centre commercial, dont le chantier est visible depuis la A1, serait directement accessible à la banlieue nord une fois que sera connectée la voie express de la Sebkha avec la cité olympique de Radés. Les Bensimpsons de la Marsa pourront enfin apprécier les eucalyptus de la forêt de Radés en les rasant à grande vitesse pour aller chez « Géant ».
Ceci mes amis n’est qu’une hypothèse, mais en cette période d’élections municipales, puis surtout 7 ans après la Révolution, il est plus qu’urgent de s’interroger sérieusement sur cette catastrophe nommée ministère de l’équipement et ses occultes relations avec le grand capital ! Cette question est d’autant plus prégnante lorsqu’on creuse un peu plus et que l’on découvre que derrière cet hypermarché, se cache l’une des plus grandes figures de la mafia Ben Aliste : Sidi Mabrouk en personne, le marabout orange (voir ici)!

L’arbre qui cache la forêt

Chers amis, cette histoire de forêt de Radés n’est peut-être qu’une goutte dans un océan d’abus et de crimes à grande échelle dont nous ne nous rendons même pas compte. La prétendue lutte contre la corruption menée par « Super Jo » ne pourra jamais rien contre un système où les grands cartels capitalistiques sont incestueusement connectés aux rouages de l’État. Car le pire dans tout cela, c’est que rien n’est illégal: On peut supposer que les frères Mabrouk par leurs relations intimes avec le pouvoir, avaient déjà connaissance avant tout le monde du projet de la voie express pour justifier l’emplacement de leur business. Ou le contraire, que la route a été motivée par l’anticipation du trafic que générera le futur mall. A la question l’oeuf ou la poule, nous savons simplement que dans cette basse-cour nous demeurons les dindons de la farce. Alors reprenons du début:

RADES

Pour suivre de plus prêt cette affaire, vous pouvez vous abonner à la page de l’Association de Mégrine pour l’Innovation et la Sauvegarde.

Conclusion

Cette agression du parc de Radès, devrait être l’enjeu d’une lutte urbaine plus large et plus offensive. Il est temps de dresser dans notre pays la liste des Zones à Défendre (ZAD) et d’agir de manière efficace pas seulement par le biais des médias (eux aussi imbriqués dans les cartels capitalistiques), mais par l’action concrète: le squat et le scandale continu!
En tant que sebkhiste _Z_ediste et ZADISTE convaincu, je me tiendrai à votre disposition pour vous informer et répertorier sur ce blog, toutes les agressions maraboutiques contre notre espace public.

DEBATunisie.

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here